3 jours 3 livres
Reviews littéraires

3 jours 3 livres

Il fait moche, il fait froid, le vent s’acharne tous les matins à achever définitivement tes efforts capillaires + la flamme timidement vacillante de ton envie de vivre : Bonjour !

Il se fait loin l’été hein ? Ton bronzage complètement parti, tes soucis du quotidien eux bien tous rentrés au bercail, tout a le goût métallique de la routine métro-boulot-dodo ? Et voilà qu’il faut attendre encore, encore un tout petit peu, pour la pause de Noël, alors que ton réservoir de motivation est à sec depuis début novembre. T’inquiète, je suis là. Et je t’apporte 3, oui TROIS, romans pour te câliner la tête en ces 3 jours de week-end qui arrivent.

Rapides et surtout efficaces, je te sers sur un plateau d’argent trois pépites qui pourront se siffler dans un TGV ou les fesses bien au chaud devant un bon feu de cheminée chez mamie. Pas de prise de tête, pas de 400 pages que tu ne finiras pas si t’as que Noël pour décompresser, pas de longues phrases alambiquées sur la vacuité de la condition humaine, mais du roman et de la nouvelle qui font du bien et qui se finissent vite avec la satisfaction qui nous réchauffe quand on nous a raconté une belle histoire. Voilà une petite déclinaison de bûches sucrées qui vont te faire oublier le goût de la soupe au potimarron automnale (no offense soupe au potimarron : je t’aime).

Ces livres je te les présente comme si t’ouvrais une pochette surprise tout simplement parce que je les ai choisis complètement au hasard dans des petites librairies du coin, pour leur couverture qui me disait bien, et leur taille format poche qui collait à notre PROJEEEtagueule. Mes potes (toi peut-être ? Vincent, c’est toi ? Coucou Vincent. Et coucou tout le monde !!!) me disent souvent que mes lectures donnent envie mais que soit ils ont pas le temps libre pour s’y consacrer, soit ils ont un mauvais souvenir des livres à cause de ce qu’on nous imposait sur les bancs d’école, et ils arrivent pas à s’y remettre surtout si c’est trop volumineux. Je suis d’accord que si t’as jamais fait d’alpinisme, vaut mieux commencer par un petit mur d’escalade dans un gymnase que se lancer direct à l’ascension de l’Everest. Alors j’avais dans l’idée de chercher des petits bouquins courts mais sympas, plutôt facile à lire, pour se remettre dans le bain, ou juste se détendre un bon coup. Le seul critère que je me suis imposée, c’était de rester sur de la fiction, je voulais vraiment qu’on te raconte un truc et que tu t’évades, pas de mémoires, de docu ou d’historique donc. Je te montre ce que j’ai trouvé ?

 

 

Allez attrape ta fourchette on commence par une salade fraîche et gourmande.

 

  • Les nuits de laitue

C’est coloré, c’est appétissant, ça croque sous tes quenottes, rien de mieux pour t’ouvrir l’appétit ! Durant une énième après-midi d’errance perpétuelle en librairie, entre des étagères supportant des colonnes de bouquins s’étirant jusqu’au plafond comme de vrais murs porteurs, mon œil expert d’acheteuse compulsive a été séduit par cette couverture graphique et géométrique qui en appelait à mon instinct le plus primaire : passer en caisse sans réfléchir. Et puis surtout le résumé derrière me disait exactement ce que je voulais savoir à l’avance, c’est-à-dire pas grand-chose. Piquée comme il faut dans ma curiosité, j’ai pris le pari. Je savais juste que j’allais lire une fiction, qui se déroulait dans un village. Une histoire, peu de pages, voilà qui correspondait au proj-pardon-gramme que je réservais pour cet article. Verdict ?

Coupable, Madame la Juge. De tous les chefs d’accusation. Un trésor. Il faudrait inventer un mot pour décrire la satisfaction pleine et entière qui te réconforte tout ton être quand tu croques dans un plat inconnu par pur hasard et que ça se révèle être la meilleure découverte que ton palais ait jamais accueilli, parce que si on avait eu un mot précis là pour cette sensation, ben cette phrase elle serait finie depuis longtemps, et j’aurais pu commencer à te dire déjà que c’est du fait maison que tu vas déguster, mais comme ce mot n’existe pas ou que mon pauvre vocabulaire en est tout simplement dépourvu, on s’éternise on s’éternise.

Simple sobre mais délicieux, Les Nuits de Laitue porte divinement bien son nom. On est face à une salade composée dont les villageois aka les protagonistes, sont chacun un des éléments savoureux qui viennentt alimenter la richesse du bouquet final de l’explosion en bouche. L’histoire commence timidement, de manière anodine, comme on badine avec l’amour (alors qu’il ne faut pas, De Musset te l’a répété), on ne sait pas trop ce qu’on lit, il n’y a pas vraiment de fondation d’intrigue qui se batît. On ne sait pas où on vient d’atterrir, on ne sait pas quel chemin on prend, et on ne sait pas où ça va nous mener. Dans un petit coin de campagne où tout le monde connaît tout le monde, on suit les tranches de vie de quelques habitants, tour à tour, sans bien comprendre le pourquoi du comment on se balade de droite à gauche entre le vieux monsieur un peu ronchon et la jeune femme dont le mari est toujours en voyage pour affaires. C’est pas désagréable, écrit d’un point de vue narratif omniscient, on suit le quotidien et le petit théâtre mental qui se joue dans le crâne de 2-3 habitants ma foi très sympathiques, mais toujours sans but précisément affirmé. Et puis ces fameuses tranches de vie à priori empilées au petit bonheur la chance comme la vaisselle sale qui s’accumule dans ton évier (je te vois et je te juge.), semblent soudain de plus en plus former les contours d’un mystérieux dessin. Oui, on commence à suspecter, soupçonner, conjecturer. Il se passe quelque chose, doucement, ça se met en place, les rouages s’activent et tournent. Ah, pas sûr en fait. C’est dur à dire. On croit qu’on voit. Oui ? Non ? On distingue peut-être, en tout cas assurément on se questionne. Quelques habitants de plus viennent s’ajouter au tableau. On bouge, on tourne, on valse. On revient à l’un, on repart à l’autre. Des tranches de vie, toujours, encore, elles défilent et s’enchaînent. Ce n’est pas ce à quoi on pensait au début, même si tout était pourtant déjà fait justement pour qu’on n’en pense rien. On décèle des indices, on démêle des nœuds entortillés. On commence surtout à comprendre qu’on ne badine pas, ou plus, et que le bon vieux Alfred avait raison. C’est sérieux. Les Nuits de Laitue ? Ah, mais oui. Les trous. On devine, on découvre, le voile se lève.

Je ne pourrai en dire plus sans ruiner tout ce qui fait le charme de ce petit roman, mais crois-moi quand je te jure haut et fort la main sur le cœur que c’est pour ton bien que je prends toute mes précautions pour te laisser tâtonner toi-même ces pages surprenantes. J’espère t’en avoir donné l’envie, car c’est un vrai cadeau qu’on déballe. Et qui sait, au nom de la métaphore filée, si tu cherches activement une idée de dernière minute pour Noël, refile-le avec ce petit texte descriptif, et remercie-moi silencieusement d’un clin d’œil complice vers le ciel, je t’attendrai.

En bref : une sacrée recette, à mettre d’urgence dans toutes les bouches pour en deviner l’ingrédient secret. Accessoirement, il a reçu le prix du Premier roman étranger 2015 mais je te jure sur l’honneur que c’est une coïncidence, j’étais pas encore maladivement obsédée par les romans étrangers au moment où je l’ai acheté (pas comme pour Lovestar ou Kitchen par exemple… Et encore, tu verrais ce qui t’attends dans les brouillons là… J’ai besoin d’une intervention.)

 

Allez, on continue parce que je sens que t’es confortablement installé dans ton plaid moelleux et t’as vraiment pas envie de foutre le nez dehors.

 

  • Je suis l’idole de mon père

C’est pas la première fois que je te parle d’Arnaud Cathrine, c’est même d’ailleurs avec lui que j’ai commencé ce blog ici, et depuis il s’est fait une sacrée place dans mon cœur. Tu vois Arnaud ce que j’apprécie grandement chez lui c’est qu’il est un peu touche à tout, y compris la littérature jeunesse, du coup certains de ses bouquins me rappellent ceux que j’avalais sans modération étant ado, et ça me rend doucement nostalgique. Ce que je peux te promettre (pourtant c’est dur de promettre, on a tiré beaucoup trop de plans sur la comète, clique → 🎵) c’est qu’il est partout sur mes étagères et que tu le retrouveras encore à l’avenir.

Mais chaque chose en son temps et me voici avec une centaine de pages classées littérature jeunesse justement, donc vraiment accessibles à tous et idéales pour se réconcilier avec la meilleure activité du monde, la lecture. “Je suis l’idole de mon père” c’est l’histoire de Doriand, un lycéen de 15 ans tout ce qu’il y a de plus classique, hormis qu’il est né sous une étoile maudite : son père est écrivain. Un écrivain en manque cruel d’inspiration en plus, la pire race. (Je peux le dire, j’ai ma carte premium VIP au club des abonnés de la page blanche.) Du coup son géniteur ne se prive pas pour épier les moindres faits et gestes de Doriand, passer au peigne fin toute sa vie, scruter à la loupe ses aventures adolescentes, et s’en servir sans aucun scrupule pour ses livres. Monsieur s’imagine avec naïveté qu’il suffit qu’il change les noms pour préserver l’anonymat de son fils mais bien sûr il n’en est rien et son gamin est depuis toujours la risée des autres qui connaissent tous les moindres détails embarrassants de sa vie privée et son intimité. Pas très enviable hein ? D’ailleurs son père n’est pas seulement gênant, il est carrément complètement irresponsable, candide, dépensier, c’est lui l’enfant dans leur famille un peu bancale. Forcément, Doriand en a ras-le-bol, du coup il est pas super enchanté quand il apprend qu’il va devoir passer une partie des vacances d’été à Deauville avec son paternel qui a insouciamment emprunté de l’argent à sa mère (ils sont divorcés) pour y louer une chambre au très fameux Normandy. Il sait que cette expédition n’est qu’un prétexte pour lui soutirer toujours plus d’informations sur sa vie et en faire son prochain roman et ça, c’est hors de question. Pourtant bien obligé d’y aller, il va tenter de réchapper aux incursions répétées dans son jardin secret par quelques stratagèmes, mais il va surtout faire une découverte qui pourrait bien lui en révéler un peu plus sur l’un des secrets familiaux les mieux gardés et lui en dire un peu plus sur son père. Promis, ici c’est spoiler-free, je m’arrête là.

J’ai adoré le côté crise d’ado de ce livre, le sentiment de révolte (parfaitement justifié) de Doriand qui me rappelle comment moi aussi j’étais remontée contre mes parents et le monde à cet âge où on se bâtit nos fondations, c’est nostalgique. Je me souviens que c’était une époque pourrie, mais quand j’y repense quand même c’est une période charnière pour tout le monde où on s’affirme, on découvre, on croit tout savoir puis finalement on ne fait qu’apprendre. C’est agréable de retrouver cet état d’esprit une fois qu’on a grandi et qu’on est maintenant un jeune adulte plein de préoccupations du type j’arrive-pas-à-joindre-la-CAF et merde-j’ai-oublié-de-payer-EDF. Le style d’écriture n’est évidemment pas du tout prise de tête, on passe un bon moment, l’intrigue est sympa, et le dénouement s’articule autour d’une jolie morale. Tout est réuni pour une pause détente de qualité ! Perso je l’ai lu d’un coup dans une salle d’attente où j’attendais les résultats d’un examen hyper stressant, et je peux te dire que ça m’a permis de passer le temps et décompresser tranquillement. Si jamais toi aussi t’as un mauvais moment à tuer un de ces quatre, tu sais quoi faire.

 

Te voilà maintenant lecteur aguerri mais comme on dit “jamais deux sans trois” et tu voudrais bien briller en société à ta prochaine soirée en te vantant que t’as lu trois, ouais TROIS, bouquins en un week-end quand même franchement t’es cultivé c’est la classe. A ton service !

 

  • Une famille de menteurs

On change un peu de registre avec ici un recueil de nouvelles inédites sorti en 2016 de Dezső Kosztolányi, grand écrivain et poète hongrois dont je reparlerai quand je me déciderai enfin à aborder mes poésies préférées (n’aie pas peur, y a rien de plus excitant et fatal que la poésie). Ces nouvelles viennent d’être éditées mais elles datent du début du XXème, Kosztolányi nous a quitté en 1936 (paix à ton âme petit ange). J’ai donc quand même pas pris ce livre complètement au hasard, excuse-moi je t’ai menti, même si son format correspondait parfaitement par chance à ce que je voulais en faire. Peu de pages mais on sait tous qu’il vaut mieux tabler qualité que quantité.

Bon, là mon problème c’est que je sais pas trop comment te donner envie de le lire, c’est pas évident de parler d’un recueil de nouvelles, je peux pas vraiment t’amorcer un synopsis accrocheur vu qu’on est face à neuf histoires différentes et que le seul fil conducteur c’est que les personnages aspirent tous au bonheur, ce qui saute pas aux yeux puisqu’ils en ont chacun une définition qui leur est propre. Comme nous au final, pour certains ça passe par la réussite professionnelle, pour d’autres la reconnaissance sociale, ou par l’amour et la considération de sa famille. Les protagonistes sont tous à la recherche de ce quelque chose qui leur paraît essentiel, parfois sans en avoir conscience eux-mêmes, et on assiste à leurs tentatives déterminées de l’obtenir face à l’ironie de la vie. La plume de Kosztolányi est connue pour mêler humour un peu caustique et soupçon d’angoisse, et on n’échappe pas à la règle ici, on adhère ou pas, mais moi c’est oui. J’aime l’authenticité des portraits qu’il dresse, il y a des écrivains qui ont un talent particulier pour cerner les facettes des gens et les nuances des relations qui les lient aux autres, et qui les retranscrivent avec une justesse quasi graphique. Ce genre de bouquin me donne toujours presque l’impression de regarder un film plutôt que de lire un livre. J’ai l’impression d’assister en direct et depuis le premier rang au quotidien de personnages à la fois drôles et un peu ridicules. C’est très humain ça, d’être drôle et ridicule dans tout ce qu’on fait et tout ce qu’on veut, typique de nous. C’est une bonne petite lecture avec laquelle tu pourras frimer un peu pour pécho du 06 (“ouais, là je lisais Kosztolányi je suis vraiment fan de sa représentation des caractéristiques paradoxales inhérentes à la condition humaine ouais”) mais surtout tu vas peut-être, j’espère, découvrir quelque chose d’inattendu et un peu différent de tes habitudes qui te donnera envie d’aller creuser plus loin. Et qui sait, on te comptera peut-être comme nouveau converti dans notre (je dis notre pour me donner de la contenance mais je suis seule) secte à la gloire du poète hongrois qui a tellement de belles choses à te raconter.

 

Oh non c’est déjà fini, le temps passe si vite en ma bonne compagnie je sais, je ne peux que te recommander d’aller te promener du côté des autres titres de ces auteurs si ce petit avant-goût de leur talent t’a plu ! Mais pars pas trop loin non plus, parce qu’en ce moment je saigne ma bibliothèque à vitesse grand V (tu m’entends la SNCF ? Prends exemple.) et je vais avoir de quoi te garder occupé l’ami.

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